Crowdfunding et édition de jeu de rôles : un état des lieux

INS MVAvec la croissance forte du nombre de projets de jeux de rôles proposés en souscription depuis 2012, des débats naissent un peu partout sur les avantages et inconvénients de ce système de financement participatif appliqué à notre loisir. Surtout avec les deux principaux projets en cours : la nouvelle édition de INS/MV chez Raise Dead et ses près de 90 000 euros et surtout la 7e édition de L’Appel de Cthulhu chez Sans-Détour qui a d’ores et déjà battu tous les records en ayant levé à ce jour plus de 200 000 euros.

J’ai tenté d’effectuer un recensement des différents projets sur la toile : j’ai dénombré 49 projets financés depuis le lancement de Lacuna en octobre 2011 (par 500 nuances de Geek, ex-Narrativiste éditions). 84 % de ces projets ont été financés sur la plateforme Ulule, 12 % sur la plateforme de l’éditeur Black Book, 2 % sur un site dédié (Shaan Renaissance) et enfin un dernier projet (2 %) via la petite plateforme Octopousse. Je précise que tous mes propos se font sauf erreur : si vous en détectez, commentez et j’amenderai !

Parmi ces 49 projets, on retrouve de tout : des financements de livres de base originaux, des traductions, des projets de suppléments, écrans, etc. Six projets relèvent de l’auto-édition mais la grande majorité ont été portés par 15 maisons d’édition différentes. En moyenne chacune a touché près de 17 500 euros par projet avec environ 180 donateurs. En réalité la fourchette est large : Pavillon noir 2e édition (Black Book) a levé 157 000 euros en 2013 avec 874 donateurs quand par exemple le précurseur Lacuna n’avait levé que 1 159 euros grâce à ses 59 donateurs.

Les maisons d’edition de JDR les plus actives sur les plateformes de crowdfunding en nombre de projets ont été Ludopathes (10 projets financés), Icare (6 projets), JDR Editions et Black Book (5 projets chacun).

Voici la liste complète :

Maison Projets %
500 nuances de geek 4 8%
Agate RPG 3 6%
Auto-édition 6 12%
Black Book 5 10%
Ecuries d’Augias 1 2%
Editions Ageektion 1 2%
Editions Icare 6 12%
Footbridge 1 2%
JDR Editions 5 10%
Lapin Marteau 1 2%
Ludopathes 10 20%
Megara 1 2%
OLIZ 1 2%
Origames 1 2%
Orygins 1 2%
Scriptarium 2 4%

Les avantages du crowdfunding pour les maisons d’édition de JDR

Ils sont évidents : de la trésorerie immédiate pour financer leur projet, et donc payer les à-valoir des auteurs, les cachets des illustrateurs et traducteurs, les factures des imprimeurs, diffuseurs, etc. Les risques financiers sont donc très limités sur un projet d’édition en financement participatif, en tout cas si le porteur a bien fait ses calculs en amont.

Cela change profondément le rôle de l’éditeur car si la somme souscrite permet de financer l’ensemble de la production du projet (ce qui n’est pas forcément le cas pour les petites souscriptions), cela signifie que l’éditeur devient en fait un agent éditorial, chargé de la bonne gestion du projet mais plus du tout responsable d’un éventuel risque financier.

Voici le récapitulatif des gains de chaque maison :

Maison Sommes levées Somme moyenne levée par projets
Black Book 367 322 € 73 464 €
Agate RPG 131 398 € 43 799 €
Ludopathes 108 702 € 10 870 €
JDR Editions 67 209 € 13 442 €
Editions Icare 46 214 € 7 702 €
Origames 30 604 € 30 604 €
Footbridge 23 108 € 23 108 €
Scriptarium 19 348 € 9 674 €
500 nuances de geek 16 365 € 4 091 €
Lapin Marteau 12 626 € 12 626 €
Auto-édition 12 082 € 2 014 €
Editions Ageektion 6 587 € 6 587 €
Orygins 4 527 € 4 527 €
Ecuries d’Augias 3 993 € 3 993 €
OLIZ 1 919 € 1 919 €
Megara 1 617 € 1 617 €

Ce qui me dérange personnellement dans la démarche de financement participatif quand elle est utilisée par des structures professionnelles (pour les associations, les particuliers, c’est bien entendu différent), c’est que cela devient d’avantage le moyen de créer le buzz avant même la sortie, tout en levant des sommes d’argent parfois considérables en se dédouanant donc du pari économique que constitue traditionnellement un projet éditorial.

Plus grave : l’éditeur qui arrive à financier tout ou partie de son projet grâce à la souscription, même quand il livre ses donateurs à temps, en profite systématiquement ensuite pour faire des bénéfices en continuant d’exploiter le titre en librairie. A mon sens, tout excédent devrait être reversé presque exclusivement aux auteurs et illustrateurs du projet, car je me permets de la rappeler : si traditionnellement les profits vont à l’éditeur, c’est uniquement parce que celui-ci est sensé avoir pris un risque financier en amont. Mais s’il n’a en fait eu qu’à faire office d’agent éditorial, il n’y a aucune raison qu’il bénéficie d’une rente ; ou plutôt il devrait logiquement redistribuer cette éventuelle rente aux différents donateurs…

Appel de cthulhuJe vous rassure, je ne pense pas qu’il y ait énormément de projets dans les 49 traités ici qui aient généré de grosses sommes d’argent ! Mais c’est tout de même une question de principe. Surtout quand on voit un éditeur installé (Sans-Détour) lancer une souscription pour une locomotive historique de l’industrie du JDR (L’Appel de Cthulhu) et réussir à lever plus de 200 000 euros ainsi (et ça continue encore pendant 3 semaines)… Ce cas-là me pose un problème particulier car le financement participatif a été pensé pour permettre la création, pas pour faciliter la production d’un des rares ouvrages de JDR sur le marché qui aurait été de toutes façons rentable (a priori).

Les inconvénients du crowdfunding pour les rôlistes

Ils sont aussi évidents que les avantages pour les éditeurs : le généreux donateur devra attendre la sortie malgré son paiement immédiat, et surtout faire confiance au porteur du projet pour le mener à bien. Un cas extrême est l’abandon pur et simple, comme pour Sokara, le projet porté par Megara entertainment qui avait levé 1 617 euros en mai 2012 mais avait dû finalement renoncer à la sortie du livre.

Les sommes en jeu sont parfois importantes : si en moyenne chaque donateur injecte environ 100 euros dans une souscription JDR, cela peut monter jusqu’à 170 euros pour Shaan Renaissance, 180 euros pour Pavillon noir 2e édition et même 240 euros pour les 6 suppléments de Polaris (Black Book).

Souvent, les problèmes autour des souscriptions surviennent sous forme de retards parfois très importants dans la livraison des contreparties promises aux donateurs. Si la moyenne du délai entre la fin de la souscription et la livraison aux participants est d’environ 7 à 8 mois, là aussi les cas peuvent être très différents : Within des Ecuries d’Augias aura fait attendre presque 3 ans ses fans, tandis que Subabysse des Ludopathes par exemple avait pu être livré au bout de deux mois environ.

Nous ne retenons dans le tableau qui vient ci-dessous que les délais pour les projets effectivement déjà livrés : notons que beaucoup de projets financés ne sont pas encore dans ce cas, et certains même en souffrance depuis longtemps. Sur 49 projets, un a été annulé, et 13 sont encore en attente de livraison. Sur ces 13, 2 souscriptions ont pourtant été achevées en 2012, 4 en 2013, le reste en 2014 et 2015 et donc encore possiblement dans les délais moyens de livraison.

ludopathesEt c’est ici que nous touchons donc le principal problème du crowdfunding : la confiance. Ces 6 projets en souffrance concernent seulement 2 éditeurs :

  • Black Book pour Pavillon noir 2e édition et les suppléments (écran et campagne) pour Deadlands Reloaded, avec respectivement des délais d’un an et demi et d’un an et trois mois (pourtant les donateurs avaient déboursé en moyenne respectivement 180 et 190 euros !) ;
  • Ludopathes pour Antika (2 ans et demi d’attente pour les derniers souscripteurs qui doivent recevoir leur ouvrage en ce moment), un supplément pour Shade (2 ans et 3 mois), un supplément pour Aventures du monde intérieur (2 ans) et enfin l’écran pour Subabysse (1 an et 9 mois).

Voici enfin le tableau récapitulatif des délais par éditeurs (Megara est exclu puisque n’ayant jamais livré ses souscripteurs) :

Maison Délai moyen par projets (en jours)
Ecuries d’Augias 1 065
Footbridge 821
Editions Ageektion 638
Agate RPG 594
Lapin Marteau 457
500 nuances de geek 320
Black Book 290
Auto-édition 274
JDR Editions 224
Origames 214
Ludopathes 207
Scriptarium 198
Editions Icare 189
Orygins 181
OLIZ 120

Souhaitons aux souscripteurs de l’Appel de Cthulhu et de INS/MV de ne pas avoir à attendre aussi longtemps !

Pitch

26 Comments

  1. Répondre

    Merci pour ces chiffres très clairs et détaillés.

    Par contre je ne suis pas tellement d’accord quand tu dis que ça change profondément le rôle de l’éditeur. Je ne pense pas que le risque financier soit un rôle très important de l’éditeur. Bien entendu, il existe, mais ça me semble assez mineur par rapport à tout le travail de relecture/correction/mise en page et le travail de promotion et distribution des livres, qui est vraiment leur coeur de métier.

    Concernant le cas Sans-Détour, la souscription n’est pas seulement un moyen de se prémunir du risque, mais également un moyen de lever des fonds sans passer par une banque. Peut-être qu’ils n’auraient eu aucune difficulté à obtenir un prêt pour éditer Cthulu, mais dans le fond, que ce soient les souscripteurs qui y gagnent avec des goodies divers (et la plate-forme de financement) plutôt que les banques, ça ne me chiffonne pas du tout.

    N’oublions pas que le financement participatif n’est pas gratuit pour les maisons d’édition : soit elles passent par Ulule ou un concurrent, qui prend sa commission, soit elles doivent gérer une logistique (déjà, la mise en place du site) qui nécessite des moyens.

    • Répondre

      Mais de rien ! 🙂
      Soyons clairs : bien entendu que l’éditeur n’est pas seulement un financeur ; en revanche, selon moi, le fait qu’il engrange les bénéfices est la contrepartie de son risque financier (sinon il se serait payé sur facture, comme un agent éditorial précisément).
      Sur la gratuité ou non des plateformes de crowdfunding : bien sûr que c’est gratuit pour le porteur du projet, car il ne reverse un pourcentage de la souscription que si le projet est financé. Donc il ne s’agit pas d’un coût mais tout au plus d’un manque à gagner. D’ailleurs le porteur de projet plein de sagesse aura le bon sens d’ajouter au besoin de financement calculé pour son projet la fameuse commission prévue par la plateforme dans le montant demandé ! Ce sont donc les souscripteurs et non le porteur du projet qui paient ces frais.

  2. Répondre

    Bonjour,

    Je me permets d’apporter quelques précisions et corrections concernant ce que je lis.

    Le tout premier jeu de rôle à être financé sur Ulule ne fut pas Lacuna, mais Don’t Rest Your Head (et son supplément Don’t Lose Your Mind), par les Écuries d’Augias, lancé en juin 2011 et financé en septembre.
    Voici le lien pour mettre vos données à jour : http://fr.ulule.com/dryh/

    Sur le rôle de l’éditeur : il ne se limite pas à être une « banque », son rôle n’est pas que financier, loin de là. Mais sur cet aspect, il est plus précisément de trouver le meilleur moyen de financer et de valoriser ses productions. En cela le crowdfunding est un outil, et pas une fin en soi. Son rôle est inchangé, c’est seulement la manière et les moyens mis en œuvre pour l’assurmer qui évoluent.
    Sur le fait de créer le buzz, il ne s’agit ni plus ni moins que de l’aspect communicationnel (on rappelle qu’il n’y a pas de commerciaux démarchant les boutiques pour vendre les jeux, de diffuseur comme dans les librairies). Or communiquer pour vendre mieux fait partie du rôle de l’éditeur. Est-ce qu’on n’est pas ici en train de lui reprocher de faire son boulot finalement ?

    « Plus grave » : Le jeu de rôle n’est pas distribué en librairie, il s’agit d’un circuit différent, et qui fonctionne totalement différement (offices et retours, diffusion).
    Un éditeur est une entité commerciale dont le but est de faire des bénéfices. À quoi servent ces bénéfices ? À être réinjectés dans d’autres projets d’une part, mais vous allez me dire qu’avec le CF, c’est biaisé, donc certes, mais aussi d’autre part à assurer le bon fonctionnement de la structure pour continuer à valoriser les productions (communication, déplacements, frais de gestion, site internet, etc.).

    Donc je me permets de rappeler que si traditionnellement des profits vont à l’éditeur, c’est parce qu’il fournit un travail qui n’est pas celui d’un financeur, c’est celui de trouver des fonds (par le biais des banques ou du CF, aucune importance), mais aussi celui d’un accompagnement et d’une veille du marché (entre-autres).

    Bref, il y a des idées qui sont intéressantes, et celle de la rétrospective est une bonne démarche. Cependant il y a pas mal d’approximations et un avis subjectif se basant sur des a priori et non sur une connaissance concrète de l’édition et de son fonctionnement.

    Je précise que je ne cherche pas à polémiquer, mais à compléter la réflexion.

    Amicalement et ludiquement,
    Jemrys

  3. Répondre

    Merci pour la précision sur le premier JDR en souscription ! 🙂
    Comme je le disais ci-dessus, bien entendu que l’éditeur n’est pas seulement un financeur ; en revanche, selon moi, le fait qu’il engrange les bénéfices est la contrepartie de son risque financier (sinon il se serait payé sur facture, comme un agent éditorial précisément).
    SOn rôle d’editing (relecture, etc.) est bien plus important fonctionnellement, j’en conviens, mais n’explique pas le fondement du fait qu’il touche les bénéfices. Le droit de la propriété littéraire et artistique est très clair sur ce point.
    Ce que je critique, et ce sur quoi bizarrement j’ai peu de réponses, c’est qu’un éditeur fasse des bénéfices même dans le cas où sa souscription lui a permis d’atteindre ce qu’on appelle le point mort, c’est à dire le défraiement complet du projet. Il est donc dans ce cas récompensé financièrement alors même qu’il n’a pris aucun risque financier (quand bien même il fait parfaitement son métier d’éditeur au sens de professionnel du livre).
    Quand on se contente de faire son travail d’editing sans avancer l’argent, on se fait rémunérer sur facture comme n’importe quel prestataire de services ! Dans le métier, cela s’appelle être un agent éditorial, et non une maison d’édition (qui elle a la particularité précisément de repérer les projets avec du potentiel et d’investir dessus).
    Je me permets enfin de préciser que si je ne cache pas ma subjectivité, je suis éditeur de profession et pense donc connaître quelques petites choses du métier ! 😉
    C’est justement sur la base de mes expériences au sein de plusieurs (grandes et moins grandes) maisons d’édition que j’élabore mes avis, que ce soit du point de vue économique, juridique ou organisationnel par rapport à la chaîne traditionnelle du livre en France, si particulière.

    • Jérémie "Jemrys" Rueff

      Répondre

      Si l’on considère que le « risque financier » n’est que celui d’avancer de l’argent. Or, tout le travail de prospection, d’éditing, et tout ce qui est fait en amont (théoriquement hein), c’est finalement une avance de trésorerie, c’est un travail qui est effectué avant même que le livre ne soit vendu. Dire que ce travail n’est pas un risque que l’éditeur prend (surtout quand on voit le temps que cela demande, et encore plus dans le JdR) revient quasiment à nier la valeur ou la réalité de ce travail. Tout comme il ne faut pas dévaloriser le travail des créatifs, je ne pense pas qu’il faille dévaloriser le travail qui est effectué autour.

      Pour ce qui est des bénéfices, il touche un pourcentage en fonction des ventes également, en accord avec la PLA. Et comme je le rappelle c’est une entité commerciale, les béénfices servent à la faire prospérer, et par extension, à lui accorder plus de moyens pour valoriser les productions qu’elle défend. Si on va jusqu’au bout du raisonnement, les bénéfices servent à valoriser et donner plus de visibilité au travail des créatifs (qui du coup peuvent se concentrer sur la création, produire plus, et donc gagner plus, etc.).

      Le point mort ça veut dire que l’éditeur n’a pas perdu d’argent, mais également qu’il n’en a pas gagné. Et le « défraiment complet du projet », ce n’est que celui de la fabrication du projet, ça ne prend pas encompte tous les frais annexes et différentes charges qui permettent à l’éditeur de faire son boulot, de se déplacer, de faire se déplacer ses auteurs, etc.
      Sur la suite, et comme dit plus haut, je ne considère pas que le « risque financier » soit seulement une histoire de porte monnaie.

      Comme tu le dit, la particularité d’une maison d’édition, c’est aussi de repérer les projets avec du potentiel, et l’investissement peut être en temps avant qu’il ne soit en monnaie sonnante. Et comme le dit l’adage, le temps c’est de l’argent.
      Pour le côté presta de service, la facture serait encore plus salée et plus élevée que ce ne toucherait les créatifs.
      Et le principe de souscription est un principe vieux comme l’édition, qui est encore utilisé (mais pas forcément présenté comme tel) par de grandes maisons…
      Le crowdfunding n’est que la version 2.0 de ce principe, plus transparente.

      Qui plus est, c’est oublier un peu vite les autres acteurs et tout l’aspect gestionnaire qui va autour de la publication d’une œuvre. En somme l’aspect « publisher » et pas seulement « editor » (j’utilise l’anglais car la différence est mieux rendue que notre seul terme « éditeur », ce qui peut être source de confusion).
      Donc le travail d’editing est une chose, mais celui de publishing en est une autre.

      Pour finir, la chaîne traditionnelle du livre en France n’est pas celle qui est appliquée dans le jeu de rôle, marché de niche s’il en est, mais qui a ses particularités propres qui diffèrent du reste de l’édition, notamment en termes de distribution/diffusion etc.
      Du coup il serait intéressant de prendre en compte ces particularités pour compléter ces avis et justifier une comparaison avec la chaîne du livre « classique ».

      • Répondre

        Comme je le disais plus bas, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : je suis moi-même éditeur, donc je sais ce que c’est que de recruter des auteurs, les guider, co-construire un projet au service des lecteurs, relire et corriger, travailler sur la maquette et la compo, trouver un imprimer, etc… C’est en effet la noblesse du travail d’editor mais c’est déconnecté du rôle spécifique du publisher.
        Cela ne change pas mon avis sur la rupture de l’équilibre économique de l’édition engendré par la souscription (qui effectivement n’a pas attendu Internet mais s’y appuie fortement).
        Enfin : de ce que j’en sais, des témoignages d’éditeurs de JDR que j’ai, rien ne diffère fondamentalement entre la chaîne du livre générale et celle du JDR ; des auteurs et illustrateurs, des éditeurs, des diffuseurs, des distributeurs, des libraires, des lecteurs.
        C’est un marché de niche, certes, tout comme 90% des 1000 éditeurs français sont sur des marchés de niche. Un distributeur domine, c’est le cas aussi sur d’autres marchés. Peu de libraires font le pari ? Allez demander ce qu’il en est pour l’éditeur régionaliste picard.
        Bref : rien n’interdit la comparaison entre JDR et autres maisons d’édition, bien au contraire c’est en comparant ce qui paraît différent que l’on aide à mieux comprendre à mon sens !

        • Jérémie "Jemrys" Rueff

          Répondre

          Finalement si on va jusqu’au bout de la réflexion, les bénéfices engrangés ne le sont pas par l’editor, mais par le publisher. Que l’on remette en cause la légitimité de ces bénéfices, pourquoi pas, mais comme je le disais plus haut, c’est le prinicpe d’une activité commerciale. Qui par ailleurs fait partie de l’équilibre économique de l’édition ici mentionné.
          En clair, la souscription et le crowdfunding ne changent fondamentalement rien au modèle !

          Par contre la transparence induite et la source particpative des fonds donne à voir, ou à entrevoir une évolution possible. Cela peut passer effectivement par un chamboulement d’un ordre établi. Mais c’est la preuve d’un marché qui s’adapte, et qui est donc vivant. Ce qui est en soi plutôt une bonne nouvelle.
          C’est toujours une phase de tatonnement, mais qui est nécessaire. Les problématiques s’affineront et le tri se fera tout seul au fur et à mesure.
          (D’ailleurs en apparté et par rapport à un autre commentaire que j’ai vu, de grosses boites d’édition se sont essayé au CF, dans la BD notamment mais pas que. On ne peut pas dire que ça a été un franc succès en termes d’image, le tri s’est fait comme ça).

          En termes de production, effectivement fondamentalement il y a peu, voire pas, de différences avec la chaîne du livre traditionnelle. Par contre, au niveau de la commercialisation, la différence est significative : comme je l’ai dit plus haut il n’y a PAS de diffuseur, la distribution est basée sur de l’achat ferme et non sur la politique des offices/retours, enfin le jeu de rôle est loin d’être la source de revenu principale des boutiques (ce ne sont pas des libraires, ils ne vendent pas que du livre de JdR, mais principalement des jeux, de la figurine, etc.). D’un point de vue économique, pour une boutique, on peut presque dire que le JdR est un bonus.

          Je suis complètement d’accord avec toi sur le côté marché de niche et le fait de comparer avec d’autres maisons d’édition, ce que je disais dans mon précédent commentaire, c’est qu’il y a des particularités qu’il vaut mieux prendre en compte si on veut vraiment aider à mieux comprendre les problématiques. Et la particularité de la commercialisation,de la chaîne de distribution du JdR est la différence avec celle du livre « traditionnel ».

          Enfin, il serait intéressant de détailler le « rôle spécifique du publisher », puisque finalement c’est ça qui semble poser problème.

  4. Gaël Sacré

    Répondre

    Article très intéressant qui met en lumières des questions importantes par rapport au crowdfunding. Je regrette cependant qu’un argument de poids n’ait pas été soulevé. Le crowdfunding profite avant tout aux éditeurs et aux licences déjà existantes (et les chiffres le prouvent avec ce Cthulhu 7ème Edition) parce que les donateurs donnent avant tout aux projets qui sont alléchants. Ça n’aide absolument pas les projets innovants et les expérimentations qui font pourtant avancer le milieu du jeu de rôle et qui justement ne pourraient pas faire le pari d’un risque financier.

    Après, comme le crowdfunding existe sous cette forme, ça me paraît logique que les éditeurs s’en servent, ils auraient bien tord de s’en priver. Mais c’est un argument qui se doit d’être souligné.

    • Répondre

      Tu as raison : l’argument indépassable du « comme c’est possible, on le fait ». C’est bien ce que je sous-entends : le fait que ce soit possible me fait tiquer ; pour moi il y a dans la logique même du crowdfunding (quand il est utilisé par des pros) un détournement de la logique de la propriété littéraire et artistique.
      Cela ne m’étonnerait pas que les autorités se penchent davantage sur la question si jamais un jour les éditeurs classiques se tournaient eux aussi vers le crowdfunding.

  5. blob

    Répondre

    Il est à noter que pour certains éditeurs (comme BBE, par exemple), les CF sont (pour le moment en tous cas) :
    1 – des créations, pour la plupart. Effectivement, la création prend du temps et parfois du retard. C’est un fait à accepter, un CF n’est pas juste une précommande. C’est un moyen de dire « allez-y, vous savez que ça sera au moins rentabilisé, lancez la machine. »
    2 – des sorties qui n’auraient pas eu lieu autrement.

    Pour Pavillon Noir 2, Polaris et la campagne Deadlands, par exemple, il était clair que pour l’éditeur (c’est en tous cas ce qui a été explicité), le risque était trop grand de sortir cela sans un système de sécurité… Certainement pour des raisons de ventes du livre de base de ces gammes, ou simplement par totale impossibilité de jauger l’attente du public de manière satisfaisante.

    L’avantage du crowdfunding est qu’il touche des personnes qui n’auraient pas forcément acheté autrement, grâce aux paliers et aux goodies exclusifs, mais aussi, quand le crowdfunding marche, à l’émulation de la montée de la somme et du nombre de souscripteurs.

    Pour avoir participé au crowdfunding de Conan, par Monolith, c’est exactement ce qu’il s’est passé : dans le commerce, je n’aurais pas acheté le jeu… pour plein de raisons. Mais un pledge attractif et une émulation du déblocage des divers palier a fini de me convaincre : j’avais une vraie pluvalue.

    Pour la plupart des projets soutenus en JDR, c’était le cas (ou alors je connaissais le boulot de l’auteur et je voulais le soutenir).

    Dans les faits, donc, c’est aussi un moyen de sortir des jeux qui n’auraient peut-être pas vu le jour parce que simplement trop risqué financièrement pour des éditeurs dont, souvent, l’équilibre financier est précaire. Alors oui, cela retire le risque de l’éditeur. Mais résumer le travail de l’éditeur à ce simple risque c’est avoir une vision assez simpliste du métier, à mon avis. Un éditeur fait bien plus : il édite (au sens anglais), il accompagne, il gère, il porte. C’est ça, aussi, le métier. Pas juste le risque.

    Quant au « détournement de la propriété littéraire et artistique », je pense que c’est honnêtement :
    – méconnaitre les éditeurs
    – se tromper un peu sur le rapport à la propriété intellectuelle
    – se tromper sur le rapport auteur/éditeur

    Quant aux sommes… le problème est que tu fais des moyennes du chiffre d’affaire généré par le CF. Sauf que le CA n’est pas le bénéfice. Sur Pavillon Noir 2, par exemple, il est de notoriété publique (et clairement avoué comme tel) que BBE ne gagne en réalité pas un centime : tout va dans le projet et sa réalisation.

    Sur bien des CF, les éditeurs ne retirent qu’une petite marge.

    Maintenant je concorde sur une chose : un Crowdfunding ne devrait pas être employé pour un jeu au succès certain, mais bien pour des jeux/ouvrage dont la viabilité économique est, de base, peu certaine. Cela devrait être un moyen de diffuser, en boutique ou autre, des jeux qui sans ça ne seraient jamais sortis.

    • Répondre

      Si ce que tu dis est vrai sur les raisons du CF, alors BBE par exemple s’est bien trompé sur Pavillon Noir 2e éd. : les sommes levées prouvent a posteriori que c’était un projet à tenter !
      Sincèrement, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : je suis moi-même éditeur, donc je sais ce que c’est que de recruter des auteurs, les guider, co-construire un projet au service des lecteurs, relire et corriger, travailler sur la maquette et la compo, trouver un imprimer, etc… C’est en effet la noblesse du travail d’editor mais c’est déconnecté du rôle spécifique du publisher (les termes anglo-saxons permettant effectivement de mieux comprendre).
      Merci pour le point d’accord : comme je le précise dans l’article mon avertissement ne concerne sans doute qu’une poignée de projet, et c’est bien la souscription en cours de SD qui a motivé mon étude de l’historique du CF !

      • blob

        Répondre

        Ah mais toute estimation peut être mauvaise. Mais si on se fie à ce qui a été dit par l’éditeur c’est le cas.

        Maintenant je suis persuadé que le cf amène aussi des gens qui n’auraient pas acheté à acheter. Et que pn a été en plein dans ce phénomène. Et que plein de gens qui ont la première édition et ne comptaient acheter la seconde l’ont prise juste pour les bonus qui eux n’auraient pas été achetés indépendamment et ne seraient pas sorti.

        Comme je le disais j’ai personnellement vécu ça sur conan. L’enthousiasme d’une souscription qui marche est aussi porteur. Alors que je n’aurais pas acheté ça en boutique.

        Et personnellement je suis content que des projets qui ne seraient pas sortis autrement puissent voir le jour grâce au cadre rassurant du cf. Tant que ça n’est pas un gros truc sûr comme l’adc. Ça ça me choque.

      • Jérémie "Jemrys" Rueff

        Répondre

        Et pourtant, sans l’AdC, tu ne te serais pas penché sur l’historique du CF.

        Et j’irais plus loin en disant que ce ne sont pas forcément les tous petits projets qui vont amener une plus grande visibilité du JdR, et donc renouveler le public.
        Ce sont les locomotives qui vont tirer le marché (la métaphore est d’ailleurs parlante à ce niveau).
        Le CF est utilisé depuis plusieurs années maintenant, mais il faut que des grands s’y penchent pour qu’il y ait une réflexion et qu’on s’y intéresse.
        C’est dommage, non ?
        Donc rien que pour ça, je pense qu’il y a un aspect positif.
        (Et accessoirement, je précise au cas où, je n’ai pas de part chez SD, je fais même partie des « petits » éditeurs)

  6. seb

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    Article intéressant (comme toujours) dont je partage l’avis. Si l’éditeur passe par ses plateformes et c’est un point que je n’ai pas vu être développé dans l’article, c’est aussi une manière de se faire connaître. Autant les cthulhu et shaan n’ont pas vraiment d’être présenter au rôliste moyen, pour peu qu’il s’intéresse aux parutions, autant un lacuna nécessite une publicité et une découverte.

    Je reproche aussi aux grands jdr de piquer la place aux petits. Exemple ce mois ci entre ins5 et cthulhu 7. Ça laisse peu de marge financière pour financer insectopia. Qui pour moi est un bon investissement mais qui tombe malheureusement face à des géants…

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      En effet je suis passé un peu vite sur ce point en faisant simplement référence au « buzz »… Ce qui est normal pour un inconnu mais dérangeant (AMHA) pour un poids lourd comme l’Appel de Cthulhu !

  7. Jerome Bianquis

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    Juste une remarque concernant Megara : tu indique que tu l’exclus du dernier tableau parce qu’il n’a pas livré, mais en fait il avait déjà sorti le livre de base et certains paliers contenaient le ldb et le supplément. Donc ceux qui ont souscrit ces paliers ont obtenu une bonne moitié de leur contrepartie.
    Est-ce si différents de ceux qui n’ont pour l’instant livrés qu’une partie de leurs contreparties, comme pour Within et Ryuutama ?

  8. Charles

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    Salut,
    Je me permet une rapide intervention pour simplement signaler un aspect que beaucoup semblent oublier (ou ils s’en fichent, ils ont le droit aussi) concernant les crowdfundings.
    A savoir que à tort ou à raison, volontairement ou sans y prêter gare, lorsqu’un éditeur fait un crowdfunding, il travaille en direct avec le client final, et, ce faisant, court-circuite entièrement le réseau ‘normal’ de mise en vente de leurs jeux, qui passe en principe par un distributeur, puis par une boutique (physique ou en ligne, d’ailleurs, peu importe ici).
    Et si l’économie du JdR reste difficile, suffisamment pour motiver beaucoup d’éditeurs à vendre directement leurs produits au public (par un crowdfunding ou même en direct sur une VPC d’éditeur), elle n’en est pas moins difficile pour ces 2 autres acteurs que sont donc distributeurs et boutiques.
    Pour bien connaître le sujet des boutiques, n’oublions pas que de nombreux commerces spécialisés ferment tous les ans en France, sur un paysage où ils ne sont déjà pas si nombreux.
    Passer à côté d’une grosse quantité de ventes, pour ne citer qu’eux, d’une nouvelle édition de base de Cthulhu, peut légitimement faire grincer des dents pas mal de boutiques. Elles ont besoin de ce genre de poids lourds pour simplement survivre, et continuer d’avoir un rayon consacré au JdR.
    De manière plus générale, il est avéré que lorsqu’un jeu ou un supplément a fait l’objet d’un crowdfunding, s’il parvient ensuite un jour à la distribution ‘standard’, ses ventes en boutique sont très diminuées (notre expérience suggère entre 50% et 80% de baisse par rapport aux ventes sur les mêmes gammes sans crowdfunding), au point que certaines boutiques décident même de finalement ne pas du tout stocker le produit.

    • blob

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      C’est pour cela que certains éditeurs proposent des paliers boutique. Ces paliers m’ont permis, sur certains CF, de pledger chez mon boutiquier, par exemple. Ce pledge va donc rapporter à la boutique, qui a confirmé qu’elle pouvait me permettre de pledger via elle puisqu’il y avait assez d’intéressés à la précommande pour qu’elle commande un palier boutique. Elle a donc touché à l’époque les 90 (ou 99, je ne sais plus) euros du palier et fait son bénéfice immédiatement (39 euros).

      Mais là, c’est aussi charge à la boutique de le proposer à ses clients, à mon avis, et de dire qu’elle peut prendre cela en charge, et charge au client de se dire qu’il peut peut être commander chez son crémier s’il en a un à proximité, au lieu de passer par le net.

      Tous les crowdfunding ne le proposent pas, mais un certain nombre le font et c’est une bonne chose si tout le monde joue le jeu. Reste le distributeur qui est lésé mais bon…

      • Charles

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        Je suis bien d’accord que certains crowdfundings tentent ainsi d’inclure les boutiques, et c’est évidemment quelque chose qui est apprécié par les quelques boutiques qui se positionnent sur ces offres.
        Pour autant, le nombre de clients ‘récupérés’ par ce type d’offre reste très faible (je connais là aussi bien le sujet), et surtout, la majorité des boutiques ne tentent même pas de participer.
        Pour diverses raisons, d’ailleurs, que ce soit le fait de ne pas suivre les campagnes de CF et ne pas avoir l’info, se refuser par principe à entrer dans ces systèmes, ou le manque de motivation de mettre en oeuvre les communiqués auprès de leur clientèle pour tenter de les capter (sachant aussi à quel point ces tentatives sont globalement peu fructueuses, il est facile d’imaginer le défaitisme).
        L’autre souci étant que lorsqu’on a affaire, en tant que boutique, à un palier pour 12 pièces, et qu’on a 2 clients qui se positionnent dessus, même avec une marge boutique, ça reste pas mal d’argent qui est investi, ici par la boutique, pour espérer recevoir en moins de 2 ans 10 exemplaires qu’il faudra encore vendre. Bien sûr, il est tout aussi possible d’avoir 10 clients intéressés, mais lorsque la boutique se lance dans la démarche, elle va logiquement d’abord ignorer le nombre de gens intéressés, et ne pourra pas se permettre de dire ultérieurement à des clients ‘tu as payé, mais vu que tu étais tout seul, finalement on n’a pas pledgé’ 🙂 Même pour 1 seul client, une fois engagée, la boutique se doit de jouer le jeu.
        Pour résumer, si la démarche éditeur de proposer ce type d’offre est louable (du point de vue d’une boutique), c’est souvent perçu, il me semble, comme un sparadrap sur une blessure à la tronçonneuse 🙂
        Cela ne veut pas dire, d’ailleurs, que la façon de faire ne serait pas susceptible d’être améliorée.
        Je suis convaincu que si des éditeurs le souhaitaient, il serait très largement possible de réellement placer les boutiques au coeur de leurs campagnes de crowdfunding, et leur permettre pour le coup d’en tirer aussi des réels bénéfices.
        Mais ce n’est pas vraiment ce que font les démarches actuelles qui vont timidement dans leur direction.

        • blob

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          Pour des jeux qui seraient sortis autrement, je comprends. Mais quid de tous ces jeux qui, sans le CF, ne seraient pas sortis ? Est-ce réellement léser les boutiques, vu que sans ce processus elles ne l’auraient de toutes façons pas eu sur leurs étagères ?

          • Charles

            Non, effectivement 🙂
            Ce n’est d’ailleurs pas mon propos.
            Il est certain que le crowdfunding est de nos jours une solution incontournable pour des projets de petite envergure, qui n’auraient jamais pu voir le jour autrement. Certains d’entre eux, sans surprise, ne font d’ailleurs pas la démarche d’essayer d’arriver jusqu’aux boutique, même une fois financés.
            Avant les crowdfundings, par manque de fonds, certains de ces projets auraient tout de même fini par voir le jour, mais de toute façon sans distribution en boutique, et en restant par la force des choses des publications très amateurs.
            Donc non, pour ces projets, il serait de très mauvaise fois qu’une boutique se sente aucunement lésée 🙂

            La question est tout autre, bien sûr, pour des projets montés par des acteurs bien établis du milieu.
            Mais mon propos n’est pas de les juger (libre à eux de faire comme bon leur semble), juste de signaler cet aspect, que par sa nature même (et les offres que font certains ne change pas cette analyse globale sur le procédé), le crowdfunding court-circuitent le réseau normal de distribution de ces produits.
            Là encore, en tout cas avec la façon actuelle dont les crowdfundings sont conçus, du moins.

  9. Répondre

    Un nouvelle contrepartie Cthulhu Wars qui ne sert qu’à ramener du fric pour débloquer des paliers : on s’éloigne quand même de plus en plus du concept de financement participatif non ? Si les Éditions Sans-Détour se mettent à profiter de la vente de produits qui n’ont rien à voir avec la souscription, c’est à mon sens une vraie perversion. Tout comme le fait de demander de s’inscrire à leur chaîne youtube pour débloquer des goodies. Ils ont tout compris au marketing mais rien à la psychologie des clients (en tout cas de certains).

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