Crowdfunding et JDR : l’abus sans-détour

En mars dernier, Le Thiase alertait ses lecteurs sur les potentielles dérives du crowdfunding :

L’éditeur qui arrive à financier tout ou partie de son projet grâce à la souscription, même quand il livre ses donateurs à temps, en profite systématiquement ensuite pour faire des bénéfices en continuant d’exploiter le titre en librairie. A mon sens, tout excédent devrait être reversé presque exclusivement aux auteurs et illustrateurs du projet, car je me permets de la rappeler : si traditionnellement les profits vont à l’éditeur, c’est uniquement parce que celui-ci est sensé avoir pris un risque financier en amont.

Avec les plus de 400 000 euros que l’éditeur Sans-Détour avait alors réussi à lever, on aurait pu croire que les annonces de projets éditoriaux allaient s’enchaîner, sans besoin d’avoir à nouveau recours au financement participatif. C’est d’ailleurs ce qu’il annonçait sur son site le 26 mars 2015 à l’issue de cette première campagne de crowdfunding autour de l’univers de Lovecraft :

A quoi va servir la somme collectée ?

Sur les 403 837 € collectés, une grande partie va servir à financer ce projet (NDA : la 7e édition de l’Appel de Cthulhu) : traducteurs, illustrateurs, maquettiste, relecteurs, logistique, transports et fournisseurs (imprimeurs et  autres fabricants).

La somme  obtenue ayant dépassé nos attentes, nous avons le plaisir de vous annoncer que grâce à vous, de nouveaux projets pourront être lancés !

Eh bien non… Aujourd’hui à 13 heures une nouvelle campagne de financement participatif a été lancée par les éditions Sans-Détour. Pour financer la création d’un nouvelle gamme de JDR ? Pour aider le projet d’auteurs inconnus ? Bref : pour réaliser un pari éditorial risqué ? Non plus : simplement pour faire mousser la sortie annoncée en grande pompe de la première campagne pour L’Appel de Cthulhu V7 : Les 5 supplices !

sacochesRésumons : un éditeur installé dans le paysage rôliste depuis 2007 (Sans-Détour) lance une souscription pour une locomotive historique de l’industrie du JDR (L’Appel de Cthulhu) et réussit à lever plus de 400 000 euros. Des critiques s’expriment car pour certains, comme nous, le financement participatif a été pensé pour permettre la création, pas pour faciliter la production d’un des rares ouvrages de JDR sur le marché qui aurait été de toutes façons rentable. Bref, on oublie bien vite ce débat au nom de la joie de voir vivre notre hobby commun. Et paf ! Huit mois plus tard on remet ça : même gamme, même campagne marketing, déjà plus de 50 000 euros récoltés en moins de 3 heures ! C’est à se demander quels étaient « les nouveaux projets » qui étaient censés être lancés grâce au surplus de la première souscription…

Et pendant ce temps là l’éditeur en question continue de faire des bénéfices sur les ventes des ouvrages de base, alors même que de son propre aveu ce projet ne lui a rien coûté ! Bref : si certains ont apparemment trouvé le bon filon sur cette niche qu’est l’édition de JDR (et semblent vouloir le creuser rapidement), si d’autres se réjouissent -grand bien leur fasse- par milliers d’hésiter entre telle ou telle sacoche en cuir pour le choix de leur contrepartie, les derniers observent tout cela un peu éberlués. Ni bien, ni mal, ce phénomène nouveau me semble simplement très éloigné de l’idée que je me fais du mot « participatif » !

Pitch

3 Comments

  1. Pingback: Crowdfunding rôliste : tendances 2011-2015 | Le Thiase

  2. Pingback: Carton Rouge : Sans Détour, Mais où va-t-on ? | Homo-ludis : Des hommes et des jeux

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