La FFJDR : une vaste blague (?)

Dans une interview de septembre, le président de la FFJDR termine son intervention en déclarant : « c’est vraiment trop des cons, les rôlistes. » Tentons ici et maintenant de comprendre ce mystère.

Voir l’interview.

Pour quelqu’un qui voudrait s’initier aux jeux de rôles en n’en connaissant que le nom, le risque est grand de tomber sur le site de la FFJDR (réponse numéro 3 sur google pour la question : qu’est ce qu’un jeu de rôle ?). Cette soi-disante fédération vise depuis 1996, rappelons le pour ceux qui comme moi seraient bêtement passés à côté jusque là, à tout d’abord défendre le JDR quand il était attaqué. Aujourd’hui elle cherche principalement à le répandre dans la population. La FFJDR donc, c’est près de 15 ans d’existence et pourtant seulement 130 membres cotisants…

Une association si réduite peut-elle s’octroyer le titre de fédération ? Peut-elle chercher à être un interlocuteur pour les pouvoirs publics, peut-elle prétendre donner des définitions officielles au grand public sur une activité dont elle n’est qu’un acteur parmi des centaines d’autres ? En bref : peut-elle usurper une légitimité que sa base d’adhérents ne suffit absolument pas à fonder ?

Car la FFJDR, c’est une association pyramidale, avec un conseil d’administration pléthorique (plus de 10% des membres individuels !) et une section « la fédé en régions » qui peut faire sourire vu le nombre de personnes impliquées. C’est donc très clairement une construction mentale surdimensionnée par rapport à sa réelle extension, souvent dénigrée d’ailleurs par ses propres membres comme étant une usine à gaz. Ils se veulent représentatifs, mais ne le sont pas. Ils ne sont pas l’expression d’une volonté fédérale de la base, mais de quelques individus qui cherchent à convertir les organisations préexistantes. Ils veulent apprendre aux rôlistes qui ils sont, les fédérer et leur donner une conscience de groupe. C’est, selon moi, l’expression du manque d’humilité de quelques rôlistes qui veulent se croire plus malins que les autres.

Je critique, je critique… mais je n’ai pas créée ma propre fédération, me direz-vous ! L’argument qui veut que seul l’agissant ait raison est fallacieux, pour plusieurs raisons. À commencer par le motif de l’action : on peut se demander d’où provient cette volonté de tenter de créer une fédération, une structure pyramidale englobante pour une activité aussi éclatée que le JDR. Pourquoi vouloir à tout prix que le grand public, sans devenir joueur, ait connaissance de cette activité et soit bienveillant à son égard ? Pourquoi vouloir rémunérer des MJ grâce à des aides publiques pour animer des séances découvertes ? Tous ces projets, le président en parle dans son intervention au Monde du Jeu.

Dans cette interview de Rôliste TV (vous savez, le site du mois élu par la FFJDR… Notons au passage que l’interviewer d’alors, Thibaud Jacqueline, siège aujourd’hui au conseil d’administration de l’association), dans cette interview donc Thomas Laborey nous livre une description troublante de son premier personnage de jeu de rôle. En effet, elle est selon moi étrangement révélatrice : son PJ (un guerrier nain) est tout comme la FFJDR un peu « autiste », miroir d’une profonde et sincère « envie de construire … de beaux trucs », « des choses durables », mais vouées à l’échec face à la volonté générale des rôlistes, beaucoup plus simple et vulgaire à la fois… Voilà ce qui semble révolter M. Laborey, au point de chercher ailleurs ces masses de rôlistes qui selon lui ignorent qu’ils le sont ; ces gens qui, à son instar, n’ont jamais cessé de jouer aux cowboys et aux indiens, et qui voudraient pouvoir l’exprimer en plein jour et en étant fiers de cela.

En bref, l’opinion toute personnelle qui m’anime au sujet de la FFJDR, c’est qu’il s’agit de l’outil de certains rôlistes, qui ne s’assument pas complètement au su de leurs statuts sociaux, pour transformer la symbolique associée à leur hobby. En effet, quand on perçoit une certaine dissonance entre une activité et une place sociale, soit l’on cesse cette activité, soit on en fait une chose légitime pour cette sphère sociale. Donc, pour un brillant manager issu de grandes écoles, le JDR qu’il pratique ne peut se contenter de boire des bières et d’avoir les cheveux sales, il doit prouver qu’entre de bonnes mains il s’agit d’un marché, rentable, organisé, avec une fédération respectable capable d’émettre des messages ‘marketés’ rassurants pour le grand public (voir par exemple la définition critiquable – et d’ailleurs critiquée – du jeu de rôle par la Fédération sur son site).

Car oui, Thomas Laborey, un consultant en management brillant, issu des plus grandes écoles françaises, a su garder son âme d’enfant. C’est en effet une élite qui, à l’inverse de beaucoup d’autres, a voulu garder son hobby de jeunesse, même le revendiquer, voire pourquoi pas le légitimer. Thomas Laborey a en effet contribué à créer le collectif Imaginez.net dès 1999, avant de s’impliquer au sein de la FFJDR dont il est toujours à ce jour le président. Mais on a l’impression, en l’écoutant, qu’il n’assume pas complètement cette image de rôliste ; que ses tentatives pour en faire une activité rentable, honnête, reconnue par les pouvoirs publics, n’est jamais que le miroir d’une volonté de prouver à la face du monde que oui, il est normal de jouer aux jeux de rôle.

Mais a t-on besoin de tout ce bruit pour en être intimement persuadé ? A t-on besoin du bal des lucioles, cette chose commise pour mieux encadrer l’imagination des enfants en apprenant aux parents comment leur faire faire un jeu de rôle ; ceci alors même que M. Laborey nous expliquera cinq minutes après que les enfants n’ont pas besoin du jeu de rôle, car ils ont déjà les « playmobil » et leur imagination… A moins qu’il y ait ceux pour qui le jeu de rôle est naturel, et les autres, bien tristes avant qu’un sauveur visionnaire ne vienne leur vendre un super DVD, tout frais sorti d’un rayonnage de la FNAC, avec, en bonus, une méthode pour apprendre à imaginer ! Car ne nous trompons pas, le seul objectif – par ailleurs avoué – est bien d’être « remarqué par la critique » – pour enfin faire entrer le JDR dans les « milieux autorisés », sans doute, comme dirait Coluche.

Il est révélateur que M. Laborey souligne à maintes reprises dans cette interview, qu’en réalité, il se « foute » que les gens se mettent à jouer aux JDR ; il souhaite simplement qu’ils connaissent et apprécient ce hobby. Pourquoi donc, si ce n’est pour rassurer socialement cet homme sérieux ? Pour lui permettre d’assumer en public son plaisir, en lui donnant cette teinte toute particulière : celle d’une activité économique jusque là maîtrisée par des enfants morveux mais à laquelle le talent d’un homme d’affaires plein de bonnes intentions pourra apporter grandeur et réussite.

Il n’y a qu’à voir les positions sur le piratage des PDF : est-ce le rôle d’une fédération de se poser en défenseur des droits des producteurs ? M. Laborey aurait-il l’ambition de devenir le Pascal Nègre des éditeurs, qui n’attendent que lui pour enfin trouver un modèle économique rentable ? Il nous explique que oui, on peut « faire du fric » sans devenir « un valet de Wall Street » pour ensuite mieux prendre l’exemple du cinéma « qui il y a deux siècles en chiait comme un malade » (sic) sans peur, aucune, de la contradiction. Enfin, je ne suis pas là pour défendre les téléchargements illégaux, bien au contraire.

Je suis là pour interroger M. Laborey sur les finalités de certaines initiatives douteuses de la FFJDR, comme le fameux label « Découverte » décerné à certains jeux selon des critères complètement opaques mais dont on nous assure qu’ils sont parfaits pour l’initiation. Les diverses réactions sur le forum de la FFJDR viendront décomplexer le lecteur perplexe qui, comme moi, aura eu l’outrecuidance de remarquer les grands absents (au premier rang desquels Warhammer) ainsi que le grand nombre de productions estampillées Imaginez.net dans cette liste…

En conclusion, je suis là pour dire à M. Laborey en particulier mais également à tout membre de la FFJDR revendiquant « la bonne parole » de ce dernier, de cesser de se faire passer pour un représentant d’une communauté dont il connaitrait les soi-disant besoins. Tous n’ont pas, comme lui, besoin pour jouer que la société dans son ensemble reconnaisse que c’est une bonne chose. Tous ne veulent pas se cacher derrière un vernis de fréquentabilité, et ainsi « continuer à faire des playmobil sans que les parents ne le voient… »

Pascal.

PS : L’auteur tient à préciser qu’il ne cherche pas à nuire à l’image de M. Laborey en tant qu’individu, mais qu’il ne fait que réagir avec humeur à l’interview de « M. Le Président ». Je ne l’ai, d’ailleurs, jamais rencontré. Mes sources : le site de la FFJDR, cette interview, le site Imaginez.net.

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