Une de mes séries favorites : Rome. Vous y suivrez, si ce n’est déjà fait, les aventures de L. Vorenus et T. Pullo, les deux héros de la série. Ces hommes de peu y sont les témoins de la grande Histoire, tout au long de la chute de la République, aux côtés de J. César.
Tout à la fois proches des événements sans être eux-mêmes Cicéron ou bien Pompée, ils influencent par leurs actions le cours des choses. Allant plus loin, on peut considérer que leur “background” respectif entre en résonance avec les évolutions structurantes de cette époque. Plus clairement, ils représentent chacun à leur façon un archétype de l’époque : Vorenus le légitimiste toujours dans le remords et l’angoisse, qui prend part aux événements bien malgré lui (c’est inconscient qu’il franchit le Rubicon, et devient donc selon lui un traître à la République) ; Pullo l’homme nouveau qui choisit toujours l’action sans réfléchir, pour qui César vaut mieux que la République non pas pour des raisons politiques, mais parce qu’il apporte la vitalité. Ils représentent les forces sociales antagonistes qui, s’unissant, forgent peu à peu le nouveau régime.
Le parti pris de la série va même beaucoup plus loin : la grande Histoire toujours en filigranes ne se développe que grâce aux petits détails au sein desquels nos deux héros ont toujours le rôle principal. En effet s’ils n’avaient pas retrouvé l’Aigle de César, ce dernier aurait-il pu revenir triomphant de Gaule ? S’ils n’avaient pas mis la main sur l’or du Capitole par pur hasard, César aurait-il pu acheter le calme des légions ? Pullo est même celui par la main duquel meurt le grand Cicéron, puis par l’impudeur duquel naît le controversé Césarion…
Ces deux personnages sont donc très inspirants selon moi pour l’amateur de séries historiques : en plus d’acteurs de talent (Kevin McKidd, Ray Stevenson, James Purefoy, etc.), de costumes superbes et de décors réalistes (merci Cinecittà) : un scénario à tomber par terre. La fresque en question ici, celle de la transition de la République décadente à un proto-Empire romain, si elle s’impose à ces deux figures corollaires, ne les empêche pas pour autant de vivre des aventures extraordinaires en marge de leur vie quotidienne et même d’écrire leur part de l’Histoire.
D’ailleurs, qui se souvenait de ces deux légionnaires avant cette série hollywoodienne ? Personne, malgré ce passage de La Guerre des Gaules, de César :
Il y avait dans cette légion deux centurions, hommes du plus grand courage et qui approchaient déjà des premiers grades, T. Pullo et L. Vorénus. Il existait entre eux une continuelle rivalité, et chaque année ils se disputaient le rang avec une ardeur qui dégénérait en haine. Comme on se battait opiniâtrement près des remparts : « Qu’attends-tu, Vorénus ?, » dit Pullo. « Quelle plus belle occasion de prouver ton courage ? Voici, voici le jour qui devra décider entre nous. »
À ces mots, il sort des retranchements et se précipite vers le plus épais de la mêlée. Vorénus ne peut alors se contenir, et, craignant l’opinion générale, il le suit de près. Arrivé près de l’ennemi, Pullo lance son javelot et perce un de ceux qui s’avançaient en foule sur lui ; il le blesse à mort : aussitôt ils couvrent le cadavre de leurs boucliers, dirigent tous leurs traits contre Pullo, et lui coupent la retraite. Son bouclier est traversé par un dard, qui s’enfonce jusque dans le baudrier.
Le même coup détourne le fourreau et arrête sa main droite qui cherche à tirer l’épée : ainsi embarrassé, les ennemis l’enveloppent. Vorénus, son rival, accourt le défendre contre ce danger. Les Barbares se tournent aussitôt contre lui, laissant Pullo qu’ils croient hors de combat.
Vorénus, l’épée à la main, se défend au milieu d’eux, en tue un, et commence à faire reculer les autres. Mais emporté par son ardeur, il rencontre un creux et tombe. Pullo vient à son tour pour le dégager ; et tous deux, sans blessure, après avoir tué plusieurs ennemis, rentrent au camp couverts de gloire. Ainsi, dans ce combat où ils luttèrent, la fortune balança leur succès, chacun d’eux défendit et sauva son rival, et l’on ne put décider qui l’avait emporté en courage.
La Guerre des Gaules – J. César
La Note: 10/10 (!)
Les Plus : seulement 2 saisons/ une VRAIE série historique/ voir ci-dessus.
Les Moins : seulement 2 saisons… (trop cher paraît-il de faire les 5 saisons originellement prévues ; comme quoi la qualité à un coût)




